L’actualité
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Les nouvelles de l'association, de ses membres, de ses acteurs et de ses stagiaires.
Notre théâtre à Grimone : Les Grecs ont défini le mot théâtre comme le lieu « d’où l’on regarde » (theatron). Ils se rendaient au théâtre pour voir tout autant qu’écouter. Et quelle vue ! Une scène mais aussi un paysage méditerranéen splendide en toile de fond naturelle. On vient au spectacle à Grimone, hameau du haut Diois, d’abord pour découvrir un paysage dans un théâtre ou un théâtre dans un paysage. Théâtre des yeux. Une fois qu'on a pris son billet, sur la placette, devant la chapelle, il faut encore monter, comme si on partait pour le début d'une balade pour les sucettes de Borne ou le tonique Jocou, gardien capricieux des alentours (2000 m). C'est là : il est 18h, on s’assoit dos au soleil déclinant, sur les chaises oranges métallisées de la mairie de Glandage. Face à soi, des champs de noyers, des taches de lavande sauvage, les tuiles plates écaille des maisons du hameau, caractéristiques du Dauphiné, et le profond ciel du haut Diois, qui hésite selon les jours entre luminosité méditerranéenne ou variations iséroises. Les acteurs alternent promiscuité voire frôlements du public avec des échappées vers un plateau surélevé, puis un deuxième encore plus haut, où soudain le corps et la voix doivent s’ajuster à l’espace immense. Les sons résonnent dans la vallée. Vertiges du jeu en plein air… On écoute et on rêve aussi face à la forteresse naturelle des Amousières qui surplombe la scène, quelques centaines de mètres plus haut. Parfois le cri d’un oiseau de proie accompagne le récit. Venir en spectateur à Grimone sera choix plutôt que flânerie théâtrale. On a lu sur un tract : Wajdi Mouawad, ou Lorca, ou Shakespeare ou encore Ibsen. On ne sait pas mais on devine que cette offrande de théâtre ne souhaitera pas seulement réjouir et divertir. On viendra pour la brutalité belle qu’annonce déjà l'affiche, loin du sentimentalisme ou du rire bon marché. Un rêve peut-être de théâtre savant et populaire à la fois. Pourtant on est au fin fond du sud dauphinois de la France, en plein mois d’août, à l’heure sacrée de l’apéro. Il faudra faire un effort de spectateur, escalader le monde de ces auteurs : parois parfois abruptes, souffle requis, sentiers pas toujours balisés, descentes en gouffres et illuminations sur le cîmes. Ecritures de possédés. Verbe caillou, verbe torrent, verbe déluge parfois. Des mots qui nous provoquent, nous arrachent à nos torpeurs mais qui nous lavent aussi et nous guérissent. Théâtre festif et clairvoyant à la fois… Les acteurs ou apprentis-acteurs ici, sur cette scène, se réunissent une fois par an 14 jours. Ils s’en amusent et se dénomment « Troupe 14 jours». Beaucoup reviennent d’année en année. Il y a là un mélange hétéroclite : une comédienne pro, un graphiste-comédien, une patineuse-comédienne, un ingénieur élec, un ingénieur agro, un gardien de sous-marins à la retraite, une collégienne, un ancien torero, une ancienne judoka. Et pourtant sur scène, on a le sentiment très fort d’une plénitude d’équipe, d’un jeu collectif authentique (pour écrire comme le journal L’Équipe), d’une grande humanité portée par ce groupe. Le jeu ici n'est ni virtuose ou teinté de narcissisme, apanage fréquent du théâtre pro, ni maladroit et inachevé, marques de fabrique du théâtre amateur. Pas de divas et pas de chèvres. Entre ces deux pôles, le jeu a parfois des défauts mais qui n'empêchent pas le flux. Un théâtre fluide s’écoule et roule, se passe avec netteté entre chacun et vers le public. Jeu enlevé ou somnambule, fragile ou roc, retenu ou exalté. Il y a là une tension palpable, scène et public, tension magnifique que ces grands auteurs offrent naturellement (et c’est ce qui fait leur grandeur) et que le metteur en scène avive au fil des jours avec le groupe. Aussi puissance et quiétude de la montagne qui nous fait face, à retranscrire sur le plateau. Toute l’équipe vit pendant quinze jours dans le vaste gîte Terriade. Face au gîte, une salle de répétition bien fraîche et spacieuse dont les fenêtres en arcade donnent sur le versant sud de la vallée. C’est là qu'ils se lient, alternent explorations graves et jeux d’enfants, tennis ballons héroïques, yoga et capoeira, entraînement vocal sur bande dessinée ou poésie contemporaine, partagent du théâtre comme du pain et après le théâtre des menus goûteux auxquels ils participent. A leur côté, offreurs de jeu et de sons, le metteur en scène et le musicien. Le théâtre à Grimone est né d’une vision au départ encore fugitive d’un théâtre de village aux textes exigeants, privilégiant l’imagination de l’acteur et du spectateur. Décors naturels ou nudité du plateau de la salle, accessoires limités, costumes refusant le musée. Théâtre accompagné (et surtout pas illustré) par une musique inventive, acoustique le plus souvent, voire électrique. Le metteur en scène et le musicien comme deux capitaines de navire déterminés à voyager avec une soif inextinguible de découvertes, et non à se contenter de leur expérience et de leurs connaissances. Le mot le plus important des premiers jours : se relier, se connecter, explorer. Liaison metteur en scène et comédiens, liaison entre comédiens, connection avec le musicien, connections avec Terriade, son nouveau peuple, douze jeunes gens décidés à rêver leurs vies là-haut en s’occupant du gîte, connection avec le paysage. Ainsi le premier jour cette année, un des exercices de démarrage consistait simplement à contempler un bout de montagne puis à le mimer. Chaque jour explore un théâtre du verbe qui n’oublie pas le théâtre du corps, théâtre sans fard. Les jours de spectacle, après la splendeur du site naturel, une salle, pour la deuxième partie, où on jouera en plein feu, et où le public aura en fond de scène la montagne à contempler, derrière les deux grandes fenêtres. Se planter là sur cette scène de fortune comme un arbre et dire, et vivre aussi sur le plateau du soin à écouter son partenaire. Servir un auteur et non pas s’en servir. Il y a une place pour cette scène-là, ils en sont convaincus et c'est cette conviction, de plus en plus puissante au fil des ans, qui les habite : scène qui abolit les frontières entre amateur et pro l’espace de quelques représentations, théâtre ferveur qui affronte la gravité sans oublier l’humour, à rebours des esthétiques où dominent diktat comique ou nonchalance/ironie glaciales post dramatiques. La fête ne se termine pas au salut. Il y a tous ces prénoms à remercier publiquement, c’est long mais qu’importe, ça fait chaud à l’âme. Tous ces bénévoles qui aident à préparer l’apéro dinatoire qui va suivre ou la manifestation théâtrale, tous ces fabricants de saveurs locales à saluer et même un campus du lointain Canada à remercier puisque depuis plusieurs années il y envoie des étudiants-comédiens et emploie le metteur en scène durant l’hiver. Alors sous le tilleul de Terriade commence un autre partage : sensations-impressions entre acteurs et spectateurs, ceux qui viennent depuis longtemps, ceux qui découvrent. Il y a aussi des livres de l’auteur joué à déguster. Plus tard encore, une cène grimonesque regroupe l'équipe de comédiens et amis et plus tard encore, dans la nuit pure étoilée de Grimone, un grand feu de joie s'élève. Bientôt c’est le dernier jour d’une autre année. La quinzième déjà…. Heureux mais ensommeillés d’une nuit très brève, il faudra ranger le modeste chapiteau annuel : quelques planches, des costumes de « théâtre pauvre », deux sacs, trois ballons. Replacer le fil à linge du voisin au théâtre du soleil couchant, remettre les bancs à la chapelle jusqu'à l'année prochaine. On embrassera les amis du hameau, on s'étreindra sur le quai de la minuscule gare de Lus-la-Croix-haute. Les fous de Grimone se volatiliseront. Ils repartiront faire du théâtre en ville, pour le plaisir ou comme métier. Ce sera différent. Le ciel du haut Diois retrouvera son silence. Les chevaux sauvages ne seront plus dérangés par les poètes. Bernard Salva, Edmonton, 21 août 2011 13 juillet 2011
C'est parti pour la nouvelle édition. Cette année, suite au succès d'Incendies de Wajdi Mouawad l'an dernier, on garde le même auteur avec la pièce Littoral Représentations les 11, 12 et 13 août à 18 heures. 1er octobre 2010 Chers Adhérents, Dans une lettre adressée à des amis, Wajdi Mouawad avoue son envie de persévérer « dans cet étrange délire qu'est le théâtre, la poésie, et autres formes de rêves enragés et irrésistibles ». Il me semble que cet étrange délire représenté par le projet « Incendies » au pied du Jocou nous a portés et même transportés cet été, tant du côté de l'équipe de création et de production que de celui du public. Grâce en soit rendue en premier lieu au poète Wajdi et à son verbe qui a résonné très fort dans le hameau. Avant tout je souhaite dans cette lettre remercier beaucoup de gens. C'était prévu à la fin de la troisième représentation mais un coup de théâtre sous forme de noir impromptu… Au cours des années, ce projet très délirant puisque réalisé à chaque fois en douze jours a acquis une cohérence, fruit d'un patient travail collectif. Au niveau de l'équipe de création, merci à tous les stagiaires, les anciens qui continuent à soutenir nos projets et les nouveaux (très beau cru cette année), à leur soif de dépassement, à leur talent pour porter une telle histoire, merci ensuite à tous les professionnels qui entourent l'équipe dans la bonne humeur qui n'empêche pas la rigueur et vice versa : nos deux musiciens Pascal et Julien, Jean-Claude au visuel, Isabelle et Mucha aux costumes, Anne à la collaboration artistique, Katia aux maquillages. Un remerciement spécial à Stéphane, notre président qui, depuis longtemps, est chargé de la logistique au quotidien et y excelle… sauf entre 8 et 10 heures du mat, heure où il faudrait un tsunami, et encore, pour le réveiller. Au niveau de l'équipe de production, Marine, puisque Jean était sur scène et Christian convalescent, a accompli un travail de titan. Merci à eux trois. Un point important de la réussite de cet événement est le plaisir qu'ont les spectateurs à partager le spectacle et l'après-spectacle. Je sais que beaucoup de bénévoles ont aidé encore cette année à préparer ce délicieux buffet. Je voudrais remercier en particulier Michèle Baudet et sa maman, Charlène, Valérie, Katia et Marine, Fanny, la mère et la grand-mère de David Chauvet. Merci à Mathias à la caisse et à la vidéo, Edwige pour le prêt de la remorque, Camille Douvrin pour le prêt du terrain, Paul pour le coup de main transport, Dominique Alès pour l'eau des sprinklers, Christelle pour la gestion de la librairie ambulante, Clotilde pour une nouveauté 2010, la coiffure de certains acteurs, Philippe pour le feu vibrant du premier jour, la mairie de Glandage et en particulier son nouveau maire Michel Canepa et son épouse Nicole. Merci bien sûr à tous nos sponsors et à tous ceux qui nous suivent fidèlement chaque année ainsi qu'aux nouveaux venus du public. D`après ce que j'ai entendu sous les tilleuls, ils ont bien envie pour la plupart de revenir, étonnés de découvrir une telle flamme théâtrale à l'écart des chemins fréquentés. Merci enfin au gîte Terriade, à son esprit qui souffle depuis longtemps, nonchalant, convivial, à la fois festif et respectueux du silence et secret nécessaires à une telle entreprise. J'espère que je n`ai oublié personne… Je ne résiste pas au plaisir de convoquer Louis Jouvet pour conclure cette missive : Le théâtre est un des plus beaux métiers qui soient, car il donne place à l'imagination, il force les hommes à sortir de leur peau, à s'évader, et c'est ce qu'ils demandent (Louis Jouvet) Longue vie aux « incendies » et incendiaires du théâtre à Grimone. Bonne rentrée à tous. Bernard Salva Metteur en scène et directeur artistique Un Grand Bol d'Art Nouveau : une adresse mail pour nous écrire ! grandboldart@gmail.com pour nous donner de vos nouvelles ou nous confier vos réflexions et impressions. Octobre 2010 : Paris, prends garde. Tonya Rae Chrystian et Sinziana Corozel, de l'Université d'Alberta, entrent à l'École internationale de théâtre Jacques Lecoq. 19 septembre 2010 : un nouveau membre dans l'équipe ! Saluons la naissance de Rafael-Ferran, fils de Bernard Salva et d'Isabelle Rousseau. Une ovation pour féliciter les parents et leur souhaiter bon courage dans cette nouvelle super-production. |
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